Selon une étude menée par l'Institut Pasteur sur la commune de Crépy-en-Valois, nous sommes loin d'une immunité collective. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Comment atteindre l'immunité collective ?

Immunité collective : définition. On parle d'”immunité collective” lorsque, dans une population donnée, un agent pathogène (un virus, une bactérie…) ne peut plus se propager car une majorité de personnes y est résistante.”Cela ne signifie pas que la pathologie a disparu : elle peut toujours atteindre les personnes les plus fragiles (personnes âgées, personnes souffrant de maladies chroniques ou immunodéprimées…) mais elle ne se propage plus dans la population – le risque d’épidémie est donc très faible“.

Comment atteindre l’immunité collective ?

“Face à un agent pathogène, schématiquement, on peut dire qu’une population se compose d’individus fragiles et d’individus non-fragiles. Si les individus non-fragiles sont infectés par l’agent pathogène, ils développeront la maladie de façon très légère (voire asymptomatique) mais acquerront surtout des anticorps spécifiques. Ainsi, à chaque fois qu’ils seront à nouveau en contact avec l’agent pathogène, celui-ci sera immédiatement reconnu par les anticorps et détruit : les individus ne pourront donc pas transmettre la pathologie.”

Pour atteindre l’immunité collective, il est donc nécessaire à la fois de protéger les individus les plus fragiles (par exemple : grâce à des mesures de confinement) tout en exposant au maximum les populations non-fragiles à l’agent pathogène (par exemple : en laissant les écoles ouvertes et les entreprises en activité).

“Il existe toutefois toujours un risque pour ces populations dites “non fragiles” car des complications de l’infection restent possibles – même si elles sont plus rares. Cette stratégie prévaut pour des infections courantes comme la varicelle, où on laisse la majorité des gens développer la maladie et où le vaccin n’est proposé qu’aux enfants les plus fragiles !”

L’outil n°1 pour atteindre sans risque l’immunité collective, c’est la vaccination : “celle-ci entraîne la production d’anticorps spécifiques à un agent pathogène sans qu’il soit nécessaire de contracter la maladie et d’en risquer les aléas : les individus vaccinés deviennent résistants à la maladie et participent de ce fait à l’immunité de la population jusqu’à l’immunité collective”.

C’est ainsi qu’a été vaincue la variole, une maladie infectieuse pour laquelle un vaccin a été découvert à la fin du 18ème siècle. “La vaccination de la majorité de la population a permis d’empêcher la propagation de la maladie : celle-ci a progressivement disparu – c’est un exemple de victoire totale, d’une immunité collective contre un pathogène.”

Deuxième outil en faveur de l’immunité collective : les gestes-barrière et notamment la distanciation sociale : cela rend plus difficile la propagation de la maladie, même si cela ne l’arrête pas complètement.”

Comment sait-on qu’on a atteint l’immunité collective ? “C’est une donnée d’observation. On ne peut pas réellement mesurer l’immunité collective : on considère qu’elle est atteinte lorsque l’épidémie s’arrête puisque l’agent pathogène ne peut plus se propager “.

L’immunité collective est-elle une stratégie efficace contre le coronavirus ?

Il est encore trop tôt pour le dire. “Le problème, c’est qu’on connaît très peu de choses à propos de ce coronavirus Sars-Cov-2”.

Incertitude principale : les anticorps produits à la suite d’une infection par le coronavirus Sars-Cov-2 accordent-ils une résistante temporaire ou permanente au virus ?

“Lorsqu’on attrape un rhume, notre organisme produit des anticorps qui nous protègent contre une nouvelle infection pendant quelques mois seulement ; en revanche, on a constaté que les personnes qui ont été infectées par le coronavirus du SRAS en 2003 possèdent aujourd’hui des anticorps toujours efficaces contre cette maladie : comment savoir à quelle catégorie appartient le coronavirus Sars-Cov-2 ?”

Il y a, en outre, une difficulté majeure : les chiffres qui reflètent la propagation du coronavirus dans la population mondiale ne sont pas forcément 100 % fiables… “D’un côté, certains pays où sévit l’épidémie ne sont pas démocratiques, ce qui donne des chiffres parfois loin de la réalité ; d’un autre côté, on sait que les tests de dépistage du coronavirus ne sont efficaces que dans 68 % des cas.”

Conclusion ? “La stratégie de l’immunité collective (celle qui a été affichée par la Suède ou l’Iran) est un pari, conclut le spécialiste. On ne saura si c’était une “bonne stratégie” que dans quelques mois, en voyant comment l’infection se maintient ou s’éteint dans les différentes régions du monde. ”

“Certains pays qui n’ont pas (ou peu) confiné atteindront sans doute une immunité collective naturellement… mais en payant en lourd tribut en termes de victimes de la maladie. Au vu de la fréquence des complications, il serait bien plus sage de compter sur une vaccination contre le coronavirus pour nous permettre d’atteindre une immunité collective.”

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